Ami,

Comme j'attends avec impatience ce moment où j'aurai pleuré tous les moments passés avec toi, toutes nos rencontres, nos fêtes et nos discussions, où tomber sur quelque chose qui me fait penser à toi me donnera ta force et ta joie au lieu de déclencher mes larmes.

Pour l'instant mon petit monde est dévasté par ton absence.

Comme j'attends avec impatience de trouver la paix, de pouvoir penser à ton visage d'ours, à tes yeux bleus tranchants sans rouvrir des vannes de chagrin.

J'aurais des pages à écrire sur tout ce que tu m'as apporté, ton soutien à mes délires, mes projets qui concordaient parfois avec les tiens. J'attendais tes idées pour en faire des pages de BD; naïve, je croyais qu'on avait le temps... 

Deux jours avant ta mort, dans un festival de BD, on me propose de crayonner avec des craies grasses sur du papier. Je cherche une idée de dessin pour tester : l'image me vient spontanément d'un jeune homme devant la baie d'Alger, face à la mer. Aujourd'hui il me semble que c'est toi, ce promeneur nonchalant, l'algérien de coeur revenu au pays et qui nous regarde, pour toujours.